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La fille dorée

 
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Gevaarlijk engel
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Féminin Balance (23sep-22oct) 蛇 Serpent
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PostPosted: Thu 9 Aug - 23:25    Post subject: La fille dorée Reply with quote

Il était une fois un homme et une femme. Ils avaient une fille belle comme le jour. Quiconque la regardait ne pouvait plus en détacher ses yeux. Tous les trois vivaient dans l'entente et le bonheur, mais le destin voulut que cela ne durât pas longtemps - la mère tomba grièvement malade et mourut peu après.

L'homme resta seul avec sa fille. Il avait beaucoup de mal à accomplir toutes les tâches ménagères et à veiller sur tout et ses voisins lui donnèrent conseil de se remarier. Peu après, il fit venir à la maison sa nouvelle femme. La marâtre avait aussi une fille et elle conçut un tel ressentiment pour la fille de son mari qu'elle en arriva à ne plus la supporter. Elle ne cessait de la quereller et de la réprimander, lui faisait faire les plus vils travaux et en faisait un sujet de disputes continuelles avec son mari. Un soir, elle dit à l'homme :

- Je ne veux plus de ta fille à la maison. Chasse-la ! Si tu ne le fais pas, c'est moi qui partirait !

L'homme fut très chagriné. Il aimait son enfant et ne voulait pas obéir à sa femme. Alors, chaque jour ce ne furent que disputes et querelles du matin au soir et enfin l'homme en eut assez. Ne supportant plus cette vie de discorde il céda à l'exigence de sa deuxième femme.

La marâtre pétrit alors un pain rond avec de la cendre, le mit dans la besace de son mari et accompagna le père et la fille jusqu'à la porte. Elle recommenda à son mari de ne rentrer à la maison que s'il se débarrassait de sa fille.

L'homme marcha avec sa fille jusqu'à une montagne lointaine, envahie par une épaisse forêt. Ils grimpèrent sur une haute colline et l'homme sortit le pain rond de sa besace, le roula sur la pente et envoya sa fille le chercher pour qu'elle puisse déjeuner.

La fillette se mit à courir derrière le pain qui dévalait la pente, essayant de le rattraper à travers les broussailles touffues et quand elle revint enfin en haut de la colline, son père était parti. La fillette commença à appeler son père en se mettant à sa recherche. Elle l'appela longtemps en pleurant, sanglota en errant à travers la forêt jusqu'à la tombée de la nuit. Et voici que soudain, dans le noir, elle se trouva devant une petite maison délabrée. La bicoque avec son toit de travers se trouvait dans une clairière et la fillette entendit quelqu'un qui l'appelait de la fenêtre :

- Qui pleure ? Es-tu une fille ou un garçon ? Si tu es un garçon poursuis ton chemin, si tu es une fille     entre à la maison !

La voix appartenait à une drôle de vieille qui habitait la maison. Ses cheveux gris-verts étaient clairsemés comme une forêt après la tempête, mais ils étaient très longs et le courant d'air qui les agitait en tous sens les faisait ressembler à une toile d'araignée agitée par le vent. La vieille avait le nez en bec d'aigle et des doigts crochus avec de longs ongles ; une chouette était posée sur son épaule. Ce n'était pas difficile de deviner que c'était la sorcière de la forêt. Elle fit entrer la fillette et lui donna à souper.

Le lendemain, la fillette se leva de bonne heure et pendant que la sorcière dormait encore, elle fit le ménage, aspergea d'eau le sol de terre battue, puis balaya bien la chambre et devant le pas de la porte. La vieille se réveilla, se prépara pour sortir et partit, la chouette sur l'épaule, dans la forêt.

Mais, avant de quitter la maison, elle recommenda à la fillette de donner à manger aux bestioles qui vivaient avec elle -des serpents et des lézards qui d'habitude font fuir les humains.

- N'aies pas peur de mes compagnons, lui dit-elle, ils ne sont pas méchants et ne mordent pas.

La fillette fit chauffer de l'eau, prépara une bouillie de son, la laissa refroidir et donnan à manger aux serpents et aux lézards. Puis, elle détacha de son cou son collier de perles multicolores et en fit des petits colliers pour chaque bestiole.

Quand la vieille rentra, elle fut accueillie par les cris de joie de ses compagnons :

- Grand-mère, notre invitée m'a attaché un collier au cou ! Grand-mère, moi aussi j'ai un collier au cou!

Et la vieille répondit :

- Grand-mère attachera aussi un collier au cou de notre invitée !

Non loin de la maison coulait une rivière. Après un bon déjeuner, préparé par la fillette, la grand-mère lui dit :

- Allons près de la rivière, tu peigneras mes cheveux et tu les débarrassera des lichens.

Le soleil était bien chaud et agréable et il donna sommeil à la vieille qui bailla :

- Pendant que tu peignes mes cheveux, je pourrai m'endormir, et toi prends bien garde à l'eau de la rivière. Quand tu la verras devenir rouge, ne me réveille pas, quand tu la verras bleue, ne me réveille pas. Mais quand elle deviendra jaune, réveille-moi !

Peu après, la vieille s'assoupit et la fillette continua à lui peigner les cheveux, tout en regardant l'eau de la rivière. L'eau devint rouge, puis elle devint bleue et l'eau bleue fut remplacée par l'eau verte. Puis l'eau devint noire. Enfin, l'eau devint jaune et la fillette réveilla la vieille qui la prit rapidement par les cheveux et la plongea dans la rivière en criant :

- Attrape que pourras, ma fille ! Attrape que pourras !

La fillette fit ce qu'on lui disait. Elle attrapa ce qu'elle put dans l'eau et quand la vieille la tira de la rivière, elle tenait un coffre.

 Puis, la sorcière de la forêt conduisit la fillette jusqu'à un sentier, lui dit adieu et disparut. Quant à la fillette, en suivant le sentier, elle rentra droit à la maison.

Quand elle ouvrit la porte, sa marâtre et son père furent bien surpris : devant eux se dressait une jeune fille dorée d'une beauté inénarrable. La fille tendit les bras, offrant le coffret à son père et quand il l'ouvrit, il n'en crut pas ses yeux : le coffret était plein à ras bord de pièces d'or et de perles. A partir de ce jour, la marâtre se renfrogna, rongée par l'envie et le dépit et ne laissa aucun répit à son mari : qu'il conduise sa fille au même endroit, pour qu'elle devienne tout aussi belle et riche.

- Puisque tu le veux, je la conduirai, finit par dire le pauvre homme.

La marâtre se mit alors au travail. Elle prit de la plus fine farine blanche qu'elle tamisa par trois fois. Elle pétrit un pain rond, le fit cuire, l'enveloppa dans un mouchoir blanc et le mit dans la besace de son mari. L'homme prit sa besace et conduisit sa fille adoptive à l'endroit où il avait précédemment amené sa propre fille. Ils arrivèrent jusqu'à la montagne et montèrent sur la colline. L'homme roula le pain rond sur la pente et envoya la fille le chercher. Puis il se cacha et rentra vite à la maison. Après avoir rattrappé le pain, la fille se mit à la recherche de son père. Elle chercha longtemps, mais en vain. Elle éclata en larmes, l'appela en essayant de trouver son chemin dans la forêt épaisse. Le soir, elle se retrouva devant la maison de la vieille et entendit sa voix :

- Qui pleure ? Es-tu une fille ou un garçon ? Si tu es un garçon poursuis ton chemin, si tu es une fille     entre à la maison !

- Je suis une fille, grand-mère, je suis une fille !

- Puisque tu es une fille, entre à la maison !

Et comme elle l'avait fait la fois précédente, la vieille accueillit la fillette et lui donna à souper.

Mais le lendemain matin, la fillette ne se leva pas la première. Elle attendit qu'on lui prépare le petit-déjeuner et ne se donna pas la peine de faire le ménage ni de balayer, comme l'avait fait sa demi-soeur. La vieille ne lui fit aucun reproche.

La chouette sur l'épaule, elle partit à ses occupations dans le bois, en recommandant bien à son invitée de faire une bouillie de son pour ses bestioles. Elle prit soin de lui dire qu'elles n'étaient pas méchantes et ne mordaient pas.

La fillette prépara la bouillie, mais n'attendit pas qu'elle refroidisse et la donna encore brûlante aux bestioles. Quand la vieille rentra, les serpents et les lézards se plaignirent :

- Grand-mère, notre invitée m'a brûlé ! Grand-mère, notre invitée m'a brûlé !

- Grand-mère la brûlera aussi ! Grand-mère la brûlera aussi !, leur répondit la sorcière.

Après le déjeuner, elles allèrent près de la rivière pour que la fillette nettoyât les lichens de la chevelure de la vieille. La fillette était paresseuse et trouvait répugnants les cheveux sales de la vieille et elle ne se donna pas beaucoup de peine pour faire ce qu'on lui demandait. La vieille s'en rendit compte et lui dit :

- J'ai sommeil et je vais dormir un peu. Quant à toi, regarde bien l'eau de la rivière. Quand elle deviendra rouge, ne me réveille pas. Quand elle deviendra verte, ne me réveille pas. Ne me réveille pas quand elle deviendra blanche, ni quand elle deviendra jaune, mais quand elle sera noire, réveille-moi !

La vieille s'assoupit et la fillette regarda la rivière qui devint toute rouge. Après elle devint verte, puis blanche. Ensuite, l'eau devint jaune comme l'or. La couleur plut à la fillette qui trempa son petit doigt dans la rivière et quand elle le retira, il était devenu doré. Après l'eau dorée, ce fut le tour de l'eau noire. Alors, la fillette réveilla la vieille qui la prit par les cheveux et la trempa dans la rivière. Elle la tenait par les cheveux et lui criait :

- Attrape que pourras, ma fille ! Attrape que pourras !

La fillette attrapa ce qu'elle put. Quand la vieille la retira de l'eau, elle avait dans les mains un coffret. Puis la vieille raccompagna son invitée jusqu'à la lisière de la forêt et la laissa partir.

Quand la fillette rentra à la maison, sa mère faillit s'évanouir : sa fille était noire comme le diable et quand on ouvrit le coffret, des grenouilles, des serpents et des lézards s'en échappèrent.

- Qu'as-tu fais avec ma fille, maudit ?, se mit à crier avec colère la mégère à son mari.

- Ah ! J'ai conduit la deuxième là où j'avais amené la première. Quant à ce qu'elles ont fait toutes les deux, chacune de son côté je n'en sais pas plus que toi !

Un certain temps passa et le fils du roi entendit parler de la jeune fille dorée dont la beauté n'avait pas d'égale et il la demanda en mariage. Il envoya des messagers, mais la marâtre cacha la jeune fille dorée et revêtit la noiraude de la robe de mariée, cachant bien sous le voile sa figure. Elle lui recommenda de ne montrer que le bout de son doigt pour faire croire aux messagers du prince que c'est elle la jeune fille dorée.

Les messagers partirent. Mais, voici que le coq quitta le tas de fumier, battit des ailes, se posa sur la clôture et chanta :

Co-co-ri-co ! La belle dorée est cachée, la vilaine noiraude est à cheval !

Les messagers du prince se regardèrent tout étonnés, n'y comprirent rien et reprirent leur route. Mais le coq chanta de nouveau :

- Co-co-ri-co ! La belle dorée est cachée, la vilaine noiraude est à cheval !

- Qu'est-ce que c'est que cette histoire ?, se dirente les messagers en arrêtant leurs chevaux. Mais la mariée noire talonna son cheval qui repartit.

- Co-co-ri-co ! La belle dorée est cachée, la vilaine noiraude est à cheval !, cria de nouveau le coq.

- Cette histoire est louche !, se dirent les messagers. Regardons le visage de celle que nous devons conduire au palais du prince.

Ils levèrent le voile de la mariée et furent étonnés de voir un laideron noir comme le diable ! Ils ramenèrent la menteuse à sa mère et demandèrent à voir la vraie mariée.

Quand ils firent entrer la jeune fille dorée chez le prince, tout le palais resplendit de sa beauté. Le prince et la jeune fille dorée se marièrent et le laideron noir resta toute sa vie auprès de sa méchante mère.

_________________
"Le silence est l'interprète le plus éloquent de la joie"(Shakespeare)

"Nothing in the world is single;
All things by a law divine
In one spirit meet and mingle.
Why not I with mine?"(Shelley)

"Puisque la mort est inévitable, oublions-là."(Stendhal)


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